Les différentiels 30 mA et 300 mA : rôle et obligation RGIE
Protection des personnes, protection générale, circuits humides : ce que fait un interrupteur différentiel, pourquoi le RGIE en impose deux calibres distincts, et comment tester le sien.
par Marc Delvaux, électricien, chef de chantier relu par Nadia Bertels

Départ Comprendre à quoi servent les différentiels 30 mA et 300 mA, et pourquoi deux calibres coexistent.
Un interrupteur différentiel compare le courant qui part vers un circuit et celui qui en revient : s'il manque une fraction de ce courant, c'est qu'il fuit quelque part, souvent vers la terre à travers une personne ou un défaut, et le différentiel coupe avant que ce courant devienne dangereux. Le RGIE impose en Belgique au moins deux calibres sur une installation domestique, un 300 mA et un ou plusieurs 30 mA, qui ne protègent pas la même chose.
Le 300 mA, la protection générale
Le différentiel de 300 mA se pose en tête de l'installation, souvent couplé au disjoncteur général. Son rôle est la protection contre l'incendie : il coupe l'ensemble de l'installation si une fuite de courant plus large se produit, par exemple un défaut d'isolement qui chauffe un câble. Sa sensibilité, moins fine que le 30 mA, le rend moins sujet aux déclenchements intempestifs sur une grosse installation, mais il ne suffit pas à protéger une personne contre une électrocution : le seuil de 300 mA reste au-dessus de ce que le corps humain peut encaisser sans risque.
Le 30 mA, la protection des personnes
Le différentiel de 30 mA est celui qui protège réellement les personnes contre les contacts, directs ou indirects. Le RGIE l'exige sur tous les circuits considérés comme humides ou à risque :
- les prises et circuits de la salle de bain ;
- la buanderie et les pièces d'eau ;
- les prises extérieures ;
- les prises de cuisine, souvent à proximité de l'eau et du métal.
Une installation moderne répartit en général plusieurs 30 mA sur des groupes de circuits, pour qu'un défaut sur un circuit ne prive pas toute la maison de courant : un 30 mA pour la salle de bain et la buanderie, un autre pour les prises de vie, par exemple.
Pourquoi deux calibres plutôt qu'un seul
Un 30 mA partout serait la protection la plus fine, mais il multiplierait les déclenchements sur des fuites minimes et sans danger, normales sur une grosse installation avec beaucoup d'appareils électroniques. Le RGIE équilibre les deux besoins : le 300 mA couvre l'ensemble contre le risque d'incendie avec une sensibilité adaptée au volume de l'installation, et les 30 mA ciblés couvrent précisément les zones où une personne risque un contact. C'est cette répartition que le contrôle vérifie, calibre par calibre et circuit par circuit, lors d'une visite d'un organisme agréé.
Comment tester le sien
Chaque différentiel porte un bouton de test, en général marqué « T » ou « Test ». Appuyer dessus simule artificiellement une fuite et doit faire couper l'appareil immédiatement : s'il ne coupe pas, il est défaillant et ne protège plus, même s'il semble en place et alimente les circuits normalement. Le geste se fait en quelques secondes, sans danger, et le fabricant recommande en général de le refaire plusieurs fois par an. Un différentiel qui ne réagit plus au bouton de test doit être remplacé avant le prochain contrôle, pas après.
Ce qu'un différentiel absent ou mal réparti change
L'absence totale de différentiel, ou un seul 300 mA sans aucun 30 mA sur les circuits humides, est une infraction relevée systématiquement lors d'un contrôle RGIE. C'est aussi l'un des signes qui justifient de remplacer un tableau ancien : beaucoup de tableaux d'avant les années 2000 n'ont qu'un seul différentiel général, parfois en 300 mA seul, sans répartition par zone. Un déclenchement répété d'un 30 mA de salle de bain, sans cause apparente, est aussi l'un des cas qui méritent une vérification plutôt qu'un simple réarmement.
Ce que nous vérifions sur chantier
Sur un tableau neuf ou repris, chaque différentiel est testé au bouton avant la remise sous tension, et sa répartition par circuit est notée sur le schéma unifilaire laissé dans la porte du tableau. C'est ce repérage, calibre par calibre, qui permet ensuite de savoir en quelques secondes lequel couper avant une intervention, sans priver toute la maison de courant pour un seul circuit en défaut.


